Interview de sage-femme: Cynthia, par Zaza of Mars

Chloé dans son coussin de maternité Les Babilleuses

Chloé dans son coussin de maternité Les Babilleuses

J’ai eu la chance lors de chacun de mes accouchements d’être accompagnée du père de mes enfants et il fût toujours mon meilleur soutien mais également de femmes fantastiques en la personne des sages-femmes qui ont été ) mes côtés que ce soit pour mon suivi au cours des 9 mois de grossesse, lors des séances de préparation à la naissance, pendant chaque accouchement, et après également.

C’est peut être un peu entendu de dire ça mais je trouve que c’est un des plus beaux métiers du monde et c’est pour ça que j’ai eu envie de donner la parole à une sage femme, de vous transmettre les mots de l’une d’entre elle et c’est avec ceux de  Cynthia, sage-femme en Auvergne, que j’ai eu envie de vous laisser pour cette première interview.

 Est-ce que vous pourriez vous présenter ? 

Je m’appelle Cynthia. J’ai 31 ans et je vis en Auvergne, dans le Puy-de-Dôme plus précisément.

 
J’ai obtenue mon diplôme de sage-femme en 2012 à la faculté de Clermont-Ferrand. Depuis j’ai exercé un peu en tant que sage femme territoriale (Protection maternelle et infantile), un peu en tant que sage-femme libérale, et essentiellement en tant que sage-femme hospitalière. 

A l’hôpital, je travaille dans une structure à taille humaine (au sein d’un centre périnatal et aussi au sein d’une maternité de niveau 1). 

J’ai obtenu en 2015 un diplôme complémentaire qui me permet de réaliser des échographies gynécologiques et obstétricales.

 

 Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir sage-femme ? 

C’est une sacrée question ! 

Petite, ma maman m’a dit un jour «ce sont les sages-femmes» qui mettent les bébés au monde. J’avais 8 ans je crois. Ce jour là j’ai dit haut et fort «moi je serais sage-femme». 

Bien sûr à 8 ans les personnes autour de vous sourient mais pensent un peu au fond d’elles «elle a le temps de changer d’avis».Je n’ai jamais changé d’avis.
Je ne connaissais pas toutes les facettes du métier de sage-femme mais je me suis renseignée en grandissant. Et cette envie en moi était belle et bien toujours présente. 

Quand je me suis présentée au concours de la PCEM1 (Premier cycle des études médicales année 1) (devenu aujourd’hui PACES : Première année commune aux études de santé), le classement a fait que j’avais le choix entre toutes les spécialités accessibles avec le concours : étude de médecine, étude d’odontologie (dentiste), et de maïeutique (sage-femme). 

J’ai beaucoup réfléchit à ce moment là. J’ai rencontré des sages-femmes. Et j’ai compris. Ce que j’aimais dans ce métier c’était la capacité à être au coeur du plus précieux : la naissance.
La naissance d’un nouveau né, mais aussi la naissance d’une mère, d’un père, d’un couple de parents, … «Etre au coeur» c’est aussi protéger. 

Alors en résumé ce qui m’a donné envie d’être sage-femme c’est de pouvoir devenir celle qui va protéger cette naissance ; qui grâce à ses compétences médicales va pouvoir suivre la femme tout au long de cette grossesse et de cette accouchement pour que la physiologie (quand tout se passe naturellement) soit au rendez-vous. En résumé c’est de pouvoir être la «gardienne de la naissance». 

 

On dit souvent qu’une sage-femme s’occupe de faire naître les bébés, j’imagine qu’il y’a d’autres aspects dans votre travail, pouvez-vous m’en parler? 

Et bien d’ailleurs c’est ce que ma maman m’avait dit ! Mais en vrai ce sont les femmes qui s’occupent de faire naitre les bébés 😉 Moi je ne fais rien … mais j’observe beaucoup. 

Mais oui il y a tellement d’autre aspects ! Il serait plus correct de dire que la sage-femme assure le suivi gynécologique et obstétrical de la femme en bonne santé de l’adolescence jusqu’à la ménopause. Elle assure aussi en toute autonomie le suivi du travail et de l’accouchement, dispense les soins à la mère après l’accouchement et réalise l’accueil et la prise une charge du nouveau-né en bonne santé. Mais si je dois tout décrire … je vais faire un roman !

La sage-femme assure le suivi gynécologique : examen des seins, examen gynécologique, dépistage du cancer du col avec le frottis, prescription de contraception et mise en place de celle-ci si besoin (pour les dispositifs intra utérins ou les implants), dépistage des troubles de la continence ou de la statique pelvienne, examen de dépistage d’infections génitales ou sexuellement transmissibles et traitement si possible*.
La sage-femme est compétente aussi pour la réalisation des IVGs (Interruption Volontaire de Grossesse). 

Le suivi est réalisable de l’adolescence à la ménopause pour les femmes en bonne santé (c’est à dire sans pathologies connues). En cas de pathologie la sage-femme passe d’ailleurs le relais à un médecin gynécologue.

La sage-femme réalise le suivi de la grossesse : diagnostic de la grossesse, déclaration de celle-ci, consultations mensuelles de grossesse, dépistage des pathologie de grossesse, prescription des examens biologiques à réaliser durant celle-ci et prescriptions de traitement éventuels.

 
En cas de pathologie la sage-femme passe là aussi le relai à un gynécologue obstétricien. Mais parfois le suivi devient conjoint dans certaines pathologies. 

Si la sage-femme a la formation nécessaire elle peut aussi réaliser les échographies (aussi bien gynécologiques que celles conseillées pendant la grossesse). 

Bien sur nous sommes présentent lors de l’accouchement. D’ailleurs en cas de naissance physiologique il est possible que la femme/le couple ne voit «que» la sage-femme.
En France il est actuellement difficile d’accompagner des accouchements à domicile mais c’est  quand même dans notre compétence. 

Nous accompagnons aussi les suites de la naissance : l’examen post accouchement est réalisé par la sage-femme, mais aussi l’accompagnant pour la mise en place de l’allaitement (maternel ou non), du lien parent-enfant. La sage-femme est aussi formée à prévenir autant que possible de la dépression post natale. 

Nous réalisons aussi la rééducation périnéale pour la prévention et/ou le traitement des pathologies périnéales (incontinence, prolapsus, douleurs périnéales…)

La sage-femme peut aussi animer les séances de préparation à la naissance et à la parentalité, assurer le suivi à domicile de certaines femmes présentant des pathologies; elle  participe au dépistage des violences faites aux femmes mais aussi à la vaccination et à la prévention des addictions (tabac notamment…). 

Certaines sages-femmes ont des formations complémentaires : acupuncture, hypnose, suivi homéopathique, nutrition, ostéopathie, … On en fait des choses en résumé ! 

  • si possible car le cadre législatif encadre de prêt le droit de prescription des sages-femmes. Une énormité à mon sens dans certains cas (ex : j’ai la possibilité de prescrire un antibiotique pour traiter une infection urinaire uniquement chez une femme enceinte. Si la patiente n’est pas enceinte je suis en dehors de mon droit de prescription). 

 

Est-ce que vous pouvez me décrire une de vos journées types? 

Malheureusement non je ne peux pas. Ou heureusement peut être. Aucune de mes journées ne se ressemble.

 
C’est peut être encore plus vrai lorsque la sage-femme a une activité hospitalière (encore que …). 

Il y a des journées remplies de consultations mais ce ne sont jamais les mêmes. Chaque histoire est différente, chaque accompagnement le devient. Il y a des journées où je peux prendre plus le temps. D’autres un peu moins. 
Parfois une urgence vient «perturber» ma journée de consultation. Une urgence qui parfois n’était pas si grave…. Et parfois une urgence vitale qui fera monter mon adrénaline au sommet. 

En secteur maternité c’est un peu pareil. Nous fonctionnons en système de «garde» où nous sommes présentes pour 12h (jour ou nuit cela dépend…).
Il y a des gardes qui commencent «sur les chapeau de roue».

 
Il m’est arrivée d’arriver tranquillement un matin, encore civile et de croiser sur le chemin du vestiaire une dame dans le couloir en train d’accoucher accompagné de son mari. Mes collègues ne l’avaient pas entendue car elles étaient occupées. Ma journée avait déjà commencé.

 
Il y a des gardes «sans fin» … quand une patiente accouche juste avant la fin de la garde. Car notre travail ne se limite pas au moment «m». Il y a le «après» (entre autre la «paperasse») qui prend un temps qui semble infini. 

Parfois les gardes sont très calmes. Mais c’est un secteur où la mer d’huile peut devenir un tsunami en 2min30sec. 

Il y a des moments remplies de joies, des moments qui serrent le coeur… mais aucune journée ne se ressemble. 

 

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier? 

Pour rebondir sur la question précédente j’aime justement le fait qu’aucune journée ne se ressemble. Je ne sais jamais à quoi m’attendre. Chaque histoire, chaque suivi, chaque naissance est différentes. J’aime aussi le coté adrénaline. Car parfois il faut s’adapter très vite. 

J’aime le coté humain de mon métier. L’empathie qu’il demande. La nécessité de devoir à chaque fois s’ouvrir à la patiente, au couple, à son histoire, pour la comprendre et pour l’accompagner au mieux. Les personnes que je rencontrent m’apprennent beaucoup de choses. Le lien qui se crée est unique à chaque fois, que ce soit pour le suivi gynécologique ou pour le suivi obstétrical.

 

Avez-vous déjà vécu en tant que sage-femme des accouchements extraordinaires? 

Ils le sont tous. A mes yeux ils le sont tous vraiment. Il n’y a rien de plus extraordinaire à chaque fois que de voir une nouvelle vie se créer, un nouveau né voir le jour et une nouvelle maman, un nouveau couple de parents naître également. 

 

Comment bien se préparer à l’accouchement et l’arrivée d’un bébé?

Je pense que cela dépend de chaque histoire. Chaque histoire, chaque naissance est unique. 

«Se préparer» cela sous entend «anticiper». Pourtant il est très difficile d’ «anticiper» un moment comme l’arrivée d’un bébé.

 
L’information est à mon sens une des clés. Lorsque l’on connait un peu mieux une chose, elle fait moins peur. S’informer donc sur son corps, sur la physiologie de l’accouchement, «que se passe t-il, comment cela se passe t-il, dans quel but». C’est le rôle de la préparation à la naissance.

 
Trouver des outils aussi est une des clés. Par exemple pour être capable d’apprivoiser la douleur (et non la souffrance) qui entoure la naissance. L’apprivoiser pour ne pas en avoir peur. Pour ne pas être dépasser. C’est aussi le rôle de la préparation à la naissance. 

Pendant longtemps et encore parfois, les professionnels de santé ont agis un peu «à la place» des femmes. Parce que nous considérions que nous «savions mieux». Mais ce n’est pas vrai !

 
De plus en plus de femmes maintenant ont à coeur d’être actrices le jour de leur accouchement. Elles se renseignent, elles ont un «projet de naissance», qu’elles ont construit, imaginé. Et c’est une excellente démarche. Car lorsque l’on se sent acteur de quelque chose on prend aussi confiance en soit, en sa capacité à accoucher, à être mère, à être parent. 

Enfin, je pense qu’il faut être bien entouré. Choisir un professionnel avec lequel on se sent en confiance. Un professionnel qui prend le temps de répondre aux questions, qui prend le temps d’écouter. Un professionnel avec lequel la femme, le couple se sent à l’aise.

 Pour certains c’est plus simple que pour d’autres. L’idéal étant que ce professionnel soit toujours le même y compris le jour de la naissance «(pour créer une vraie relation de confiance.)

 
Dans cet esprit il existe des sages-femmes qui réalisent de l’accompagnement global ( suivi de la grossesse, de l’accouchement et de l’après la naissance réalisés par la même sage-femme). 

 

Quel est le meilleur conseil selon vous à donner à des parents tout neufs?

Etre indulgent et bienveillant avec soi même.Les nouveaux parents ont souvent la  sensation de mal faire tout en voulant absolument  être parfaits.
Ils voient dans les autres parents toutes les qualités qu’ils voudraient voir chez eux. Et ils ne voient plus leurs propres qualité. 

Exemple : Lors d’une rencontre «entre maman», une maman confie qu’elle culpabilise car elle s’autorise dans certaines conditions à laisser pleurer son bébé.
Elle culpabilise énormément. Elle admire une autre maman qui elle ne laisse «jamais pleurer son bébé».

L’autre maman en question culpabilise de «ne pas être capable de laisser son bébé pleurer même quelques secondes». Elle admire la première maman d’avoir la force de laisser pleurer son bébé pour prendre 5 min pour elle-même.

En fait chaque parent est parfait tel qu’il est (tant qu’il est bienveillant avec son enfant bien sûr). Et je crois que chaque parent fait toujours de son mieux. 

Il faut se faire confiance. Il ne faut pas oublier que quand un nouveau-né voit le jour, sa mère, ses parents, voient le jour avec lui aussi en tant que parents. Et c’est nouveau ! Mais au fond d’eux souvent il y a cette intuition, ce petit truc, auquel il faut faire confiance. 

 

Un dernier mot 

Si je peux me permettre un dernier mot. 

Je crois que le métier de sage-femme est un métier à part. Nous sommes en contact avec un «truc» incroyable quand même, presque mystique.
Nous «touchons» au plus intime, au plus profond, nous sommes là à cet instant précis où quelque chose de nouveau voit le jour. 

Depuis mon diplôme, j’ai beaucoup évolué sur ma vision de la naissance et le rôle de la sage-femme. En France la formation est très technique. C’est très bien, c’est nécessaire. Mais je crois qu’il manque à notre formation ce coté un peu global, holistique. Et pourtant c’est un aspect essentiel dans l’accompagnement que nous réalisons. 

Je déplore aussi que notre métier soit si méconnu. La sage-femme dans l’esprit général c’est «la femme qui dit de pousser le jour de l’accouchement». J’exagère à peine. 

Les choses évoluent doucement. Mais nous avons beaucoup de barrières encore à faire sauter notamment d’un point de vu législatif et gouvernemental. 

Par exemple, il est insensé que l’accouchement à domicile accompagné par une sage-femme soit décrié. Il fait partie de nos compétences.

A ce jour, très peu de sages-femmes le proposent. L’assurance pour une telle pratique à un prix exorbitant, pour un acte qui n’est pas rémunéré a cette hauteur. Alors soit nous devons payer pour travailler, soit nous travaillons sans assurance (c’est interdit …), soit nous ne pratiquons pas cet accompagnement… et la femme accouche donc «seule» en tout cas non accompagnée par une sage-femme garante de la sécurité de la femme et du nouveau né à venir ! 

Et c’est une réalité. 

Il est aussi incroyable qu’une sage-femme débutante à l’hôpital soit rémunérée à hauteur de 1600 euros net (environ) par mois (week end, fériés, et nuits compris). Même si nous aimons notre métier, il faut vraiment avoir la foi pour exercer un métier avec autant de compétences, autant de responsabilités pour ce salaire non?

 

«Parce qu’on pense toujours être à deux doigts de l’instant parfait, alors que nous sommes entrain de le vivre» 

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